Érasme avait un frère, dont il parle en certains en¬
droits de ses livres, et seulement pour s’en plaindre.
Tous deux héritèrent de leur père de quoi suffire à
leurs études. Des parents avides avaient- rogné leur
petit patrimoine, et, à peine le père mort, avaient
mis la main sur l'argent. Ils ne laissèrent que ce qui
ne peut pas se mettre en poche, à savoir, quelque peu
de biens-fonds et des créances. Mais les tuteurs firent
ce que n’avaient pu faire les parents; ils dissipérent,
par leur mauvaise administration et leur infidélité, le
patrimoine des deux orphelins, et n’imaginérent rien
de mieux, pour se dispenser de rendre des comptes a
leurs pupilles, que d’en faire des moines.
Celui qui s’y employale plus fut un certain Guardian,
l'un d’eux, homme d’un sourcil austére, d’une grande
réputation de piété, un saint dans l'opinion du monde,
parce qu’il n’était ni joueur, ni libertin, ni fastueux,
ni adonné au vin; du reste parfait égoïste; au dehors,
se mettant en règle avec les apparences, et au dedans
vivant pour lui, ét à sa guise ; homme très-peu porté
pour les lettres, quoique anciennement maître d'école.
Un jour qu'Érasme enfant lui avait écrit une lettre un
peu travaillée : — «Ne m'en écrivez pas d’autres de
ce genre, lui dit sévèrement Guardian, à moins que
d’y joindre un commentaire. » C'était un de ces ser¬
viteurs de-Dieu qui-pensaient lui sacrifier une vic¬
time agréable en enrôlant quelque adolescent sans dé¬