18 LA VIE DERASME. :
gien, & d’un Confeiller de l’ Empereur, comme il
eſtoit.
ç7- Il uſoir de grande liberalité envers les pau¬
vers eftudians, eftimant que c’eftoit unc chofe
bien juſte qu'il affiffait les autres, comme on l'a¬
voir aſſiſté pendant {a jeuneſſe, Il avoit l’eſpric fort
fatyriqué, & quoy qu’il rémoignaft beaucoup de
civilité dans fes difcours & ſes façons de faire, il fe
laiffoit aller neastmoins pour l’ordinaire un peu
trop librement à taxer & reprendre les chofes qui
neluy plailoient pas, & cela particulierement fur
fon vieil âge : car jufques à cinquante ans, il s’e=
ftoittenu aflezclos & couvert, fans parler, décla¬
met » ny écrire contre perfonne, comme il fit en
fuittes cequi attira fur luy la haine & l’indigna¬
tion de quantité de perfonnes. :
58. Comme ce grand homme a efté dans un fie¬
ele ol Vherefie de Luther infecta la plufpart des
beaux efprits’ plufieurs o8r voulu faire croire qu'il
eftoit hererique ; maisil fe purge aflez de ce foup=
çon dans quelques-unes de fes Epiftres.
59. Bien eſt-il vray qu’il eſtoit un peu trop li¬
bre dans fes difcours, & qu’il a efté mefme dans
quelques fentiments qui ont efté cenfurez à bon
droit par les Theologiens de Paris pendant fa vie,&
condamnez aprés fa mort parle Concile de Trente:
mais ce qui fait aſſez voir qu'il ne l’a pas fair à
mauvais deflein, & qu'il na point efté Hereti¬
que, c’elt qu'en pluñeurs endroits de fes efcrits,
il avoüe qu’eftant homme il peut faillir ; mais que
s’il amanqué dejugement en quelque chofe , au
moins n’a-t’il jamais manqué de bonne volonté.
60. De-là vient peut-eftre que comme il ñe fou¬
haitoit rien tantque de voirune parfaite union &
concorde entre les Catholiques & les Heretiquess