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LA CHOSE ET LE MOT. 39 Boniface. Je n’en connais pas mal de ce calibre-là. Béat. Ne font-ils pas plus de cas du mot que de la chose ? Boniface. Évidemment. Béat. Maintenant, si quelque dialecticien venait nous définir exactement ce que c’est qu’un roi, un évêque, un magistrat, un philosophe, nous trouverions peutétre des gens quiaimeraient mieux le titre que la chose. Boniface. Oui, certes, si le roi est celui qui dans les lois et la justice envisage l'intérêt de son peuple et non le sien; l’évêque, celui qui se consacre tout entier à la garde du troupeau du Seigneur; le magistrat, celui qui veille attentivement au bien de l’État ; le philosophe, celui qui, négligeant les avantages de la fortune, ne vise qu’à acquérir la sagesse. Béat. Vous voyez à présent combien d’exemples de ce genre je pourrais accumuler. Boniface. Assurément, un grand nombre. Béat. Direz-vous que tous ces gens-là ne sont point des hommes? Boniface. Je crains plutôt que nous ne perdions nous-mêmes le nom d'homme. Béat. Mais, si Phomme est un animal raisonnable, n’est-il pas tout è fait contraire à la raison de préférer la chose au mot quand il s’agit des qualités du corps, qui ne sont pas de vrais biens, et des avantages extérieurs que la fortune donne et enlève à son gré, et quand il s’agit des vrais biens de l’âme, de faire plus de cas du mot que de la chose? Boniface. Vraiment, c’est juger à rebours, si l’on y réfléchit.