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OU LE REPAS DISPARATE. 33

Spudée. Je le crois.

Apicius. Mais, ce qu’il ne faut pas oublier, prenez
bien garde que les entretiens ne soient pas trop longs
et qu’ils ne dégénèrent pas en ivresse. Car, de même
que rien n’est plus agréable que le vin lorsqu'on en
use modérément, et que rien n’est plus funeste quand
on en boit plus qu’il ne faut , ainsi en est-il des entre¬
tiens.

Spudée. Vous avez raison. Mais quel remède indi¬
quez-vous pour ce mal?

Apicius. Dès que vous sentirez naître l’ébriété sans
vin, coupez court adroitement à la conversation et
glissez un autre sujet. Il est inutile sans doute de vous
avertir qu’on ne doit pas réveiller à table le chagrin de
personne, quoique, au dire de Platon, on puisse dans
les repas remédier à certains vices grâce au vin, qui
bannit la tristesse et efface le souvenir de l’offense.
Cependant je dois vous recommander de ne pas saluer
trop souvent les convives; bien que j’approuve qu’en
vous promenant de temps en temps, vous leur parliez
tour à tour avec affabilité, car un bon maître de maison
doit jouer une pièce mouvementée. Mais rien n’est plus
incivil que d’indiquer la nature des mets, comment ils
ont été assaisonnés, combien ils ont coûté. J’en dis
autant du vin. Il vaut mieux rabaisser un peu leservice,
sans le rabaisser trop, ce qui ressemblerait à de l’osten¬
tation. Il suffit de dire deux fois ou au plus trois fois:
« Soyez indulgents. Si la cuisine laisse à désirer, l’in¬
tention du moins est excellente. » Il faut glisser de
temps en temps des bons mots, qui n’aient rien de mor¬
dant. Il sera bon aussi de parler à chacun dans sa

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