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28 LA GRANDE CHERE Apicius. Je n’ai pas de temps & perdre en paroles. Spudée. Vous ne perdrez pas de temps; je vous accompagnerai où vous allez. Apicius. Voyons, expliquez-vous en trois mots. Spudée. J’ai grande envie de donner un repas dans lequel je voudrais ne déplaire à aucun des convives et contenter tout le monde. Puisque vous excellez dans cet art, j'ai recours à vous comme à un oracle. Apicius. Voici ma réponse, et, suivant l’usage des anciens, je vous la donne en vers : N’inyite pas les gens, si tu crains de déplaire. ‘$ Spudée. Cependant il s’agit d’un grand festin; j’ai beaucoup de monde à recevoir. Apicius. Plus vous inviterez de gens, plus vous ferez de mécontents. Y a-t-il jamais eu une pièce, si bien écrite, si bien jouée qu’elle fût, qui ait satisfait tous les spectateurs. ? Spudée. Allons, Apicius, enfant chéri de Comus, aidez-moi de vos lumières; je vous‘regarderai désormais comme un dieu. Apicius. Voici donc mon premier avis: Ne cherchez point à faire l’impossible. Spudée. Quel impossible ? Apicius. Vouloir plaire à tous vos convives, tant est grande la diversité des palais. Spudée. Mais pour déplaire le moins possible ? Apicius. Invitez peu de monde. Spudée. Je ne le puis pas. Apicius. Invitez des gens de même condition et de même caractère.