OCR
26 LES VŒUX IMPRUDENTS. Arnold. En vérité, je suis forcé de partager votre avis. Corneille. Il y a encore un autre avantage. Arnold. Lequel ? Corneille. Si un de mes bons amis est atteint de cette folie, je lui conseillerai de rester chez lui, de même que les matelots, échappés au naufrage, avertissent les navigateurs des périls qu’ils ont à éviter. Arnold, Plùt à Dieu que vous m’eussiez donné ce conseil en temps utile! Corneille. Quoi! avez-vous été pris d’une semblable maladie? Cette contagion vous a-t-elle aussi frappé? Arnold. Je suis allé à Rome et à Compostelle. Corneille. Grand Dieul que je suis heureux de trouver en vous un compagnon de ma folie! Quelle Pallas vous a suggéré cette idée? Arnold. Ce n’est point Pallas, mais la Folie en personne, surtout quand j’avais 4 la maison une femme encore jeune, des enfants et des serviteurs qui dépendaient de moi et que je nourrissais de mon travail quotidien. Corneille. Il a fallu un motif sérieux pour vous séparer de tout ce que vous aviez de plus cher. Racontez-moi cela, je vous prie. Arnold. J'ai honte de le dire. Corneille. Pas à moi qui, comme vous le savez, ai été possédé du même mal. Arnold. Nous buvions entre voisins. Quand le vin nous eut monté à la tête, il yen eut un qui dit qu’il voulait rendre visite à saint Jacques, un autre à saint Pierre. Aussitôt un ou deux promirent de les accom