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54 LES MENDIANTS RICHES L’Aubergiste. Plit è Dieu que vous voulussiez demain nous faire un sermon! C’est chez nous jour de fête. Conrad. En l'honneur de quel saint? L’Aubergiste. De saint Antoine. Conrad. C’était assurément un homme de bien; mais d’ou vient cette féte? L’Aubergiste. Je vais vous le dire. Ce village abonde en porchers, à cause d’une forêt de chênes qui est tout près. On leur a persuadé que saint Antoine était chargé de veiller sur leurs troupeaux, et ils l’honorent dans la crainte de s’attirer sa colère en le négligeant. Conrad. Plait à Dieu qu’ils l’honorassent véritablement! L’Aubergiste. Comment cela? Conrad. La meilleure manière d’honorer les saints est de les imiter. L’Aubergiste. Tout ce village retentira demain d’orgies, de danses, de jeux, de querelles et de rixes. Conrad. C’est ainsi que les paiens honoraient jadis leur Bacchus. Je m’étonne qu’en se voyant honoré de la sorte, saint Antoine ne sévisse pas contre des hommes plus stupides que leurs animaux. Quel pasteur avez-vous? est-il muet et mauvais? L’Aubergiste. Je ne sais pas ce qu’il est pour les autres; pour moi il est très-bon. Il boit ici des journées entières; personne ne m’amène plus de compagnons de bouteille ni de meilleurs, à mon grand profit. Je suis méme étonné qu’il ne soit pas 1a. Conrad. Nous l’avons trouvé peu obligeant.