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30 L'ENTRETIEN DES VIEILLARDS pendant vingt ans par terre et par mer. J’ai une petite maison de campagne située à environ deux mille pas de la ville. Là, je me fais quelquefois de citadin paysan, et quand j'y ai repris des forces, je reviens à la ville comme un nouvel hôte; je salue et l’on me salue tout comme si j’arrivais d’un voyage aux îles récemment découvertes. Eusèbe. Ne fortifiez-vous pas votre santé par des médicaments ? Glycion. Je n’ai rien de commun avec les médecins. Je ne me suis jamais fait saigner ; je n’ai jamais avalé de pilules ni bu de potions. Si j’éprouve de la lassitude, je chasse le mal par la sobriété ou par la vie des champs. Eusèbe. Ne vous livrez-vous pas à l’étude ? Glycion. Si fait, car c’est le plus grand charme de la vie; mais j’y cherche un amusement, et non un tourment. J’étudie donc soit pour mon plaisir, soit pour l’utilité de la vie, mais non pour l’ostentation. Après mon repas, je me nourris de lectures instructives ou jemploie un lecteur; je ne reste jamais plus d’une heure penché sur les livres; ensuite je me lève, je prends ma guitare et je me promène un peu dans ma chambre, soit en chantant, soit en réfléchissant à ce que jai lu; si j’ai un ami près de moi, je lui fais part de ma lecture, puis je retourne à mon livre. Eusèbe. Dites-moi franchement, ne vous apercevezvous pas des incommodités de la vieillesse, que l’on dit si nombreuses? Glycion. Mon sommeil est un peu moins bon, et ma mémoire n’est plus aussi fidèle, è moins d’avoir été vivement frappée. J’ai tenu parole : je vous ai exposé les