OCR
196 ÉLOGE DE LA FOLIE. Ils disent que jusque dans les sacrements et dans les devoirs de la piété figurent le corps et l'esprit. Dans le jeûne, par exemple, ils comptent pour peu de chose l’abstinence de la viande et la privation d’un repas (ce qui pour le vulgaire constitue tout le jeûne), si en même temps on ne réprime ses passions en modérant sa colère et son orgueil, afin que l'esprit, dégagé du poids du corps, puisse connaître et goûter les biens célestes. De même, au sujet de la messe, sans en dédaigner les cérémonies , ils disent que par elles-mêmes elles sont peu utiles et même nuisibles, si l’on ne se pénètre du sens spirituel figuré par les symboles. La messe est la représentation de la mort du Christ. C’est en domptant leurs passions, en les étouffant, en les ensevelissant, pour ainsi dire, que les mortels doivent la reproduire, afin de renaître à une vie nouvelle pour ne faire qu’un avec le Christ et entre eux. C'est ainsi que pensent et agissent les dévots. Les mondains, au contraire, croient que le sacrifice de la messe consiste simplement à se tenir devant l'autel, le plus près possible, à écouter le bruit des chants, à regarder les cérémonies. Ce n'est pas seulement dans les cas que je viens de citer, c'est dans sa vie entière, que le dévot évite tout ce qui se rattache au corps, pour s'élever vers les objets éter