OCR
D’ERASME A DORPIUS. XI sans faire de tort à personne, le meilleur de tous assurément c'est quand on ne cite aucun nom, ensuite quand on fuit des détails qui répugnent à l'oreille des honnêtes gens (car, de même que dans la Tragédie il J a des faits trop hideux pour être exposés aux regards des spectateurs et qu'il suffit de raconter, de méme dans les mæurs des hommes il y a des choses trop obscènes pour qu'on puisse en parler sans rougir ); enfin, quand les choses sont présentées d'une façon plaisante, sous un masque bouffon, en sorte que la gaieté du langage exclue toute offense. Ne voyonsnous pas quel effet produit parfois, méme sur des tyrans cruels, une plaisanterie agréable, dite avec apropos? Je vous le demande, quelle priére, quel discours sérieux, aurait pu désarmer la colère de ce roi aussi aisément que le fit le bon mot d'un soldat? « Ah! s'écria-t-il, si la bouteille ne nous avait fait défaut, nous en aurions dit de bien plus belles sur votre compte. » Le roi sourit et pardonna. Ce n'est pas sans raison que les deux plus grands rhéteurs, Cicéron et Quintilien, développent avec tant de soin les moyens d'exciter le rire. La grâce et l'enjouement de la conversation ont une telle puissance que des bons mots lancés adroitement, même contre nous, nous divertissent : témoin ce que l'histoire rapporte de Jules César. Or, puisque vous reconnaissez que j'ai écrit La vérité et que mon style est enjoué sans être obscène, quel meilleur moyen pouvait-on imaginer pour remédier aux maux qui sont le partage de l'humanité? Le plaisir attire d'abord le lecteur et le captive. En général les gotts sont différents; le plaisir flatte également