OCR
D'ÉRASME A DORPIUS. IX nages plus salutaires qu ingénicux et savants. Je vous le demande au nom des Muses, quels yeux, quelles oreilles, quel palais, ont donc ceux qu'offense la causticité de ce livre ? D'abord quelle causticité peut-il y avoir dans des pages où pas un nom n’est cité, hors le mien? A-t-on donc oublié ce que saint Jérôme répète tant de fois : qu'un examen général des vices n'a rien de blessant pour personne? Si quelqu’un s'en offense, il a tort de s'en prendre à l'auteur : c'est à lui-méme, sil veut, quil doit demander réparation, car il se trahit en déclarant que c'est lui personnellement que concerne un langage qui, s'adressant à tout le monde, n'atteint que ceux qui veulent se l'approprier. Ne voiton pas que dans tout l'ouvrage, loin d'attaquer les individus, ma critique épargne méme les nations? En signalant l'amour propre particulier à chaque peuple, J'assigne aux Espagnols la gloire mililaire, aux Italiens la littérature et l’éloquence, aux Anglais la bonne chère et la beauté physique, aux autres, enfin, des qualités de ce genre, que leurs nationaux avoueront volontiers ou du moins dont ils riront. En outre, quand, pour obéir aux nécessités de mon sujet, je passe en revue toutes les conditions sociales et que je relève les défauts de chacune, je le demande, me suis-je servi dun seul mot obscène ou venimeux? Ai-je ouvert la sentine des vices? Ai-je remué le bourbier secret de la vie humaine? Assurément, que de choses J'aurais pu dire contre les mauvais pontifes, contre les évéques et les prêtres pervers, contre les princes vicieux, enfin contre tous les ordres sans exception, Si, à l'exemple de Juvénal, je n'avais pas rougi d'écrire ce que bien b