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D'ÉRASME A DORPIUS, Vil que j'ai mis en Scène est trop frivole pour se.préter a la discussion de matières sérieuses, peut-étre avouerai-je mon tort. Ce n'est pas précisément le reproche d’ineptie que je repousse, c'est celui d'aigreur, bien que je puisse parfaitement me laver du premier en invoquant, à défaut d'autres raisons, l'exemple de tant d'hommes considérables que j'ai cités dans la préface de mon livre Que pouvais-je faire? J'arrivais alors d'Italie, et J'étais logé chez mon ami Morus. Un mal de reins me forcait de garder la chambre pendant plusieurs jours; mes livres n étaient pas encore arrivés, et, lors méme qu'ils eussent été à ma disposition, la maladie ne me permettait pas de me livrer à des travaux sérieux. Je me mis à composer, en m'amusant, l'Éloge de la Folie, non dans le dessein de le publier, mais pour faire diversion aux souffrances de la maladie. J en fis gotiter les premières pages à quelques amis, afin de rire davantage par une lecture en commun. Ils en furent enchantés et m'engagèrent à continuer. J'obéis, et je consacrai à cette besogne à peu près sept jours; dépense de temps qui, je l'avoue, me parut considérable, vu la futilité du sujet. Depuis, ces mêmes amis, qui n'avaient poussé à écrire, emportèrent mon livre en France, où on l'imprima, mais d'après une copie tout à fait inexacte et tronquée. Cela me contraria d'autant plus que dans l'espace de quelques mois il en parut plus de sept éditions, qui le répandirent de tous côtés. J'étais surpris moi-même d'un pareil engouement. Si vous appelez cela une sottise, mon cher Dorpius, J'accepte votre accusation, ou du moins je n'irai pas à