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IV LETTRE APOLOGETIQUE habitude de confier au papier, comme à un ami fidèle, leurs chagrins ou leurs joies, et d'épancher dans son sein les agitations de leur cœur. Il en est même qui n'ont composé des livres que pour y insérer en passant leurs impressions personnelles et les transmettre ainsi a la postérité. Quant a moi, qui ai publié tant de volumes, oit je loue de trés-bonne foi quantité de personnes, je le demande, ai-je jamais dénigré la réputation de quelqu'un? Ai-je fait à qui que ce soit la plus légère ofJense? Quelle nation, quel ordre, quel individu, ai-je critiqués en les nommant? Et si vous saviez, mon cher Dorpius, combien de fois j'ai été poussé à le faire par des outrages que nul n'aurait supportés! Néanmoins, j'ai toujours maîtrisé mon ressentiment : j'ai moins songé au traitement que méritait une telle malveillance qu'au jugement que porterait de moi la postérité. Si tout le monde connaissait la vérité aussi bien que moi, on ne me jugerait pas mordant, mais bienveillant, plein d'indulgence et de modération. Je me suis dit : « Qwimportent aux autres nos sentiments privés? Parlera-t-on de nos démélés dans les pays lointains ou dans l'avenir? Je ferai non ce que méritent mes adversaires, mais ce qui est digne de mol. D'ailleurs je n'ai point d'ennemi que je ne souhaite, sil est possible, convertir en ami. Pourquoi m'en ôter les moyens? Pourquoi écrire maintenant contre un ennemi ce que je regretterai plus tard d'avoir écrit contre un ami? Pourquoi marquer de noir celui à qui je ne pourrai plus rendre sa blancheur, lors même qu'il l'aurait mérité? J'aime mieux pécher en prünant des