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II LETTRE APOLOGETIQUE tous les jours quantité de lettres de savants qui me nomment la gloire de l'Allemagne, qui me comparent au soleil et à La lune, et qui m'accablent plus qu'ils ne me parent des titres les plus pompeux. Eh bien, que je meure si une seule de ces lettres ma fait autant de plaisir que celle oit mon cher Dorpius me réprimande. Saint Paul a dit avec raison que la charité ne pèche pas; si elle flatte, c'est pour être utile; si elle s'irrite, c'est toujours dans le même but. Plût au ciel quej'eusse le temps de répondre à votre lettre et de donner satisfaction a un ami aussi cher! Mon plus vif désir est d'obtenir en toute chose votre approbation. Je fais un si grand cas de votre génie presque divin, de votre érudition sans pareille, de la profondeur de votre jugement, que le suffrage seul de Dorpius a pour moi plus de prix que mille autres. Mais, encore souffrant du mal de mer, fatigué d'avoir été à cheval, et de plus occupé à mettre en ordre mes bagages, j'ai pensé qu'il valait mieux répondre tant bien que mal que de laisser mon ami dans cette opinion, soit que vous l'ayez conçue de vous-même, soit qu'elle vous ait été suggérée par d autres, qui vous ont poussé à m'écrire cette lettre pour jouer leur comédie sous un masque d'emprunt. Je vous l'avouerai franchement, je suis presque faché d'avoir publié la Folie. Ce livre m'a valu quelque gloire, ou, si vous aimez mieux, quelque réputation. Mais je ne tiens pas à la gloire où se méle l'envie. Et d'ailleurs, ce mot de gloire, qu'est-ce, après tout, grands dieux, qu'un yain nom, lambeau du paganisme: Il en est resté plus d'une trace chez les chrétiens, qui