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ÉRASME. 105 tout en gàtant sa cause aux yeux d’Erasme, n’avaient pas rendu meilleure celle des moines et des théologastres, soulevés depuis trente ans contre lui. D’autre part, les emportements des réformateurs n’avaient pas rendu plus sacrés les abus du catholicisme romain, et il fallait bien qu’Érasme, devenu l'adversaire de Luther, sesouvintde l’auteurmédiocrementcatholique des Colloques. Au lieu done entrer pleinement dans la querelle par le côté vif, Érasme, après avoir au préalable demandé au pape la permission de lire officiellement les livres de Luther, prit une question incidente, louvoya, éluda l’attaque de front, alla s’en prendre à un livre égaré de Luther, au lieu d’en venir aux mains avec l’homme, et, pour tout dire, fit un contre-traité sur le libre arbitre , en réponse à un traité où Luther, chose étrange, Luther, l'homme nouveau, l'avait nié. Cependant, telle était la grandeur du nom d’Érasme, que la nouvelle qu’il allait prendre la plume contre Luther fit presque plus de bruit en Europe que les préparatifs de la bataille de Pavie. Il envoya le plan de son traité au roi d’Angleterre, Henri VIII, grand casuiste catholique, avant qu’il fût tueur de femmes, et que, pour faire d’une de ses maïitresses une épouse d’un an, il se brouillat avec le pape et remplacat la messe par le prêche. A cette époque, les choses avaient tellement changé, et les affaires de Luther si bien prospéré, qu’Erasme ne put pas faire imprimer son traité chez ce même Froben qu’il avait, quatre ans auparavant, menacé de sa disgrâce s’il imprimait les écrits de Luther. Les esprits, dans toute l’Allemagne , étaient sì animés pour la réforme, qu'aucun libraire des villes