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ÉRASME. 55 sinon au-dessus du dogme, et dont il parle avec tant d’abondanceetd’onction, principalementdevant la petite chapelle du Christ qui est au fond du jardin. Sur le soir, les amis se quittent, emportant chacun quelque petit présent de leur hôte, celui-ci un livre, celui-là une horloge, cet autre une lanterne, Érasme un étui rempli de plumes de Memphis (ce sont les plus renommées),présent délicat pour lui qui fait un si bon usage‘de la plume, comme ne manque pas de lui dire son hôte. Les moines, attaqués par Érasme dans leurs excès de table, imaginèrent de lui renvoyer le reproche, et, disons le mot sans périphrase, le traitèrent d’ivrogne. Érasme, se plaignant sans cesse du mauvais vin et vantant indiscrétement le bon, avait pu donner prise sur ce point. Mais de là à en faire un excès monacal, il y avait loin. Érasme avait sur le vin des opinions hygiéniques qui feraient sourire la médecine moderne. Il le croyait bon pour sa gravelle, et en prenait par régime; mais comme en fait de vin le régime touche de bien près au goût, et le goût à l'abus, peut-être lui était-il arrivé parfois de s’abandonner. Voici un passage charmant sur les effets du vin de Bourgogne, qui aurait pu servir de pièce victorieuse aux moines, si la lettre d’où je les extrais n'eût été en mains d'amis *. Pour un homme sobre, je confesse que ces phrases sont tant soit peu bachiques : « J'avais, écrit-il à Marc Laurin, goûté auparavant des vins de Bourgogne, mais durs et chauds; celui-la était de la couleur la plus réjouissante ; vous ! Colloques : Convivium religiosum, passim * Leltres, 756,