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36 ÉRASME. autres à le frapper, en criant : « Tuez ce chien , tuez ce chien. » En ce moment passe un prêtre, qui, au lieu de haranguer la foule, sourit agréablement, et dit à Érasme, à voix basse et en latin : « Ce sont des ânes, » Ces ânes auraient fini par mettre en pièces le pauvre étranger, ou tout au moins par lui faire un mauvais parti, s’il n'était pas survenu, d’une maison voisine, un jeune homme de noble maison, vêtu d’une riche chlamyde de pourpre. Érasme se sauve auprès de lui comme un fugitifa un autel; il ne savait pas la langue de ce peuple; il demande au jeune gentilhomme, en latin, ce que lui veut cette foule. — « C'est à votre rabat qu'on en veut, dit le jeune homme; tenez-yous pour sir qu'on vous lapidera si vous ne l'ôtez pas ; profitez de l'avis. » Érasme n'osa pas l'ôter, mais il le cacha sous son habit. Plus tard, il sollicita de Jules Il d’étre dispensé du costume de chanoine , pourvu qu'il se vétit en ecelésiastique séculier; Jules Il lui accorda cette dispense, qui lui fut confirmée par Léon X. Avant d'aller en Italie, Érasme avait fait plusieurs voyages en Angleterre. Il se louait beaucoup de ce pays, ou il ayait de bons amis, Colet, Linacer, Montjoye, Wentford, Fischer, Thomas Morus, tous hommes d'élite, quelques-uns amis particuliers du prince de Galles, Henri VIH, qui devait plus tard les faire mourir par la main du bourreau. Érasme s'était fait aux mœurs de l'Angleterre; il était devenu presque bon chasseur, cavalier passable, courtisan assez adroit, saluant avec grâce, et s’accoutumant au langage de cour, tout cela « malgré Minerve », dit-il, c’est-à-dire