OCR
ÉRASME. 47 sions sur le reste de la vie. Cette entrée violente d'Érasme dans les ordres religieux en fit un ennemi prudent, mais d'autant plus redoutable, des vœux monastiques et des pratiques odieuses qu'on employait pour les arracher aux caractères faibles. Ménageant les choses, il n’en frappa que plus fort sur les personnes; il poursuivit les moines de ses railleries, les peignant invariablement sous les traits d’ivrognes, d’illettrés et de libertins, opposant sans cesse le scandale de leurs orgies clandestines, de leur haine sauv age pour les lettres, de leur hypocrisie, aux vertus de leurs fondateurs, et en même temps qu’il parlait avec révérence du principe, attaquant sous toutes les formes l'application. Certes, il se souvenait de ses jeûnes au couvent et de ses défaillances de coeur, quand il se moquait de l’abstinence des viandes, et qu’il accablait les mangeurs et les appréteurs de poisson de malédictions si plaisantes ; il se souvenait des prières de nuit dans la chapelle, sous les voûtes froides, avec le frisson d'un sommeil interrompu, quand il se raillait de la fréquence et de l'exactitude des prières ; il se souvenait surtout de ces menaces entremélées de caresses, et de ces obsessions, tantôt violentes, tantôt doucereuses, à l’aide desquelles on l'avait précipité dans des Yœux éternels, quandilécrivait contrelesvœuxmonastiques ces charmants colloques , si fins, si spirituels, si tempérés de prudence et de concessions, afin de ne pas effrayer les gens scrupuleux, si éloquents çà etlà!, qui rappellent la manière de certains dialogues de Voltaire. ! Virgo piosyapos. — Virgo pœnilens,