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44 ÉRASME. les hommes, où l'on avait le repos et des livres pour en occuper les longues heures. C’était l’appât auquel devait mordre Érasme : du repos et des livres, ce fut là le goût de toute sa vie. À entendre Cantelius, le couvent était le jardin des Muses. Érasme sortit fort ébranlé de ce premier entretien. A peine rentré dans la ville, de nouvelles attaques l’attendaient. On lui montra ses amis irrités de son obstination, et leur amitié tournant à la haine, la misère etla faim qui l’attendaient dans le monde, le désespoir de toutes choses. Il revint voir son nouvel ami. Cantelius redoubla de soins, lui demanda la faveur de devenir sonélève, et enfin le décida. Érasme, de guerre lasse, se réfugia dans le couvent, pour éviter les obsessions présentes, mais sans dessein de persévérer. Cantelius mit à profit la science du jeune homme ; ils passaient les nuits à lire en cachette les auteurs anciens, entre autres Térence, singulier poëte pour un couvent. La santé d'Érasme en souffrait. Du reste, son esprit était assez tranquille ; il aimait cette égalité des frères. On ne l’obligeait pas aux jeûnes, ni aux offices de nuit; on ne lui demandait rien, on ne le grondait pour rien : le plan était que tout le monde lui sourit et lui montrat de la faveur. Plusieurs mois s’écoulèrent ainsi dans l'insouciance. Mais quand] vint le jour de prendre l'habit; Érasme parla de nouveau de sa liberté ; on lui répondit par de nouvelles menaces. Cantelius ne négligeait aucun des moyens qui lui étaient propres: il tenait à ne pas perdre un précepteur gratuit. Érasme fit vainement une dernière résistance; à la fin, il tendit