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ÉRASME. 45 verait à louer dans la fièvre quarte.» Un autre lui peignaitd’un style tragique les périls de ce monde, comme si les moines étaient hors du monde. Celui-ci l'épouvantait du récit des maux de l’enfer, comme si le couvent ne menait pas quelquefois à l'enfer; celui-là lui citait des exemples miraculeux : « Un voyageur fatigué s’était assis sur le dos d’un serpent, le prenant pour un tronc d'arbre; le serpent s’éveilla, et, tournant la tête, dévora le voyageur. Ainsi le monde dévore les siens. » — «Un homme était venu voir un monastère; on l'invite à s’y fixer, il refuse; à peine sorti, il rencontre un lion qui le mange.» Quelques-uns lui parlaient de moines qui avaient eu l'honneur de s’entretenir avec Jésus-Christ; de sainte Catherine, qui lui avait été fiancée comme à un amant, et ayait eu de longs entretiens avec lui. On mettait un grand prix à s'emparer d’Erasme; ses dispositions précoces promettaient un moine qui ferait honneur à sa robe. Dans le temps qu'il était agité d'incertitudes cruelles, ilalla voir, dans un monastère voisin de la ville, un certain Cantelius dont il avait été le camarade d’enfance. C'était un jeune homme d’un esprit ferme et élevé, quoique ne pénsant qu'à lui. Le goût du repos et de la table, et non la piété, l'avait fait entrer au couvent. Il était fort paresseux, peu curieux des lettres où iln’avait pas réussi, mais bon chanteur; il s’y était appliqué dès le bas âge. Après avoir vainement cherché fortune en Italie, il avait pris la robe. Cantelius s’enflamma pour Erasme; il l'exhorta vivement à faire comme il avait fait, lui vantant le couvent comme un lieu de tranquillité, de liberté, de concorde, où les anges vivaient avec