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68 L’HYMEN FUNESTE Gabriel. Non, celle d’un jeune homme de bonne famille avec une jeune fille de seize ans, qui ne laisse rien à désirer ni pour la beauté, ni pour les mœurs, ni pour la naissance, ni pour la fortune, et qui, en un mot, était digne d’épouser Jupiter. Pétrone. Oh! une si jeune fille à un si vieux barbon! Gabriel. Les rois ne vieillissent pas. Pétrone. D’où vient donc cette tristesse? Vous portez peut-être envie à l'époux, qui a ravi en vainqueur la proie que vous convoitiez? Gabriel. Oh! pas du tout. Pétrone. Serait-il arrivé quelque chose de semblable à ce que l’on raconte du festin des Lapithes? Gabriel. Nullement. Pétrone. Quoi! la liqueur de Bacchus a-t-elle fait défaut? Gabriel. Au contraire, il y en avait de reste. Pétrone. Il n’y avait pas de joueurs de flûte? Gabriel. Il y avait même des joueurs de violon, de lyre, de trompette et de cornemuse. Pétrone. Quoi donc? Hyménée n’y était pas? Gabriel. C’est en vain que mille voix l’ont appelé. Pétrone. Les Graces non plus? Gabriel. Pas l’ombre d’une Grâce; ni Junon qui préside à l’hymen, ni la belle Vénus, ni Jupiter gamélien. Pétrone. En vérité, vous me parlez d’une union tout à fait sinistre et impie, ou plutôt d’un hymen funeste. Gabriel. Vous en diriez bien d’autres si vous y aviez assisté. Pétrone. On n’a donc pas dansé? Gabriel. Non, on a cloché pitoyablement.