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PREFACE. 3 la calomnie s’en méle, et, comme si j’exposais sérieusement les dogmes du christianisme, on épluche rigoureusement jusqu’à mes syllabes. Pour faire mieux sentir l'injustice de ce procédé, je vais montrer que la plupart des colloques sont d’une utilité peu commune, En effet, sans parler de tant de pensées sérieuses mêlées à des plaisanteries, de tant d'anecdotes, de tant histoires, de tant de merveilles de la nature, dignes d’être connues, dans le colloque : le Voyage aux lieux saints !, je réprime le zèle superstitieux et outré de certaines gens, qui regardent comme le comble de la piété d'avoir vu Jérusalem. On voit y courir, à travers l’immensité des mers et des continents, de vieux évêques, qui abandonnent le troupeau qui leur était confié; des princes, qui laissent leur famille et leur gouvernement; des maris, qui plantent là leurs enfants et leur épouse, dont la conduite et l'honneur exigeaient un gardien; des jeunes gens et des femmes, au grand préjudice de la pureté des mœurs. Quelques-uns y retournent plusieurs fois et ne font que cela toute leur vie. On couvre ainsi du nom de la religion la superstition, l’inconstance, la folie, la témérité, et, contrairement à la doctrine de saint Paul, le déserteur des siens gagne la palme de la sainteté et se flatte d’avoir satisfait à tous les devoirs de la piété. Saint Paul, dans la première épitre à Timothée, chap. Il dit formellement : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens et surtout de ceux de sa maison, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. » Dans ce passage, saint Paul semble ne parler que des veuves qui négligent leurs enfants et leurs petits-enfants, sous le prétexte de la religion, et pour se consacrer au service de l'Église. Qu’aurait-il dit des maris qui abandonnent leurs enfants en bas age, leur jeune épouse, et les laissent dans la pauvreté pour aller à Jérusalem? Entre mille exemples; jen ‘citerai un seul qui'n’est’ ni asséz récent pour craindre qu’il ne m’attire des ennémis, ni assez vieux pour qu’il ne reste pas des descendants à qui l’importance du dommage ne permet point d’oublier le fait. 1, Ce colloque est intitulé : Les Vœux imprudents